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2/2 Suite de l’entretien avec Jean-Claude Georges, fondateur de la société Ilex.

Rappel : Jean-Claude Georges a choisi une méthode de management bien particulière pour sa société ILEX, le management par les vertus. Pour lire le 1er épisode de l’interview, cliquez ici. 

Comment une entreprise vertueuse recrute-t-elle ?

Qu’en est-il des critères de recrutement ? Recrutez-vous des personnes déjà vertueuses ?

Les personnes vertueuses sont très rares.

Il y a 150 salariés chez ILEX. Selon vous, la majorité d’entre eux ont-ils un niveau de vertu élevé ? Y a-t-il des personnes vertueuses chez ILEX ? 

Je dirais qu’il faut au moins 5 % de personnes vertueuses dans l’entreprise parce que ce sont elles qui occupent les postes clés. Les autres peuvent ne pas encore être vertueuses ; mais si elles se sentent soutenues par quelqu’un qui les estime, il se trouvera chez elles une forme de vertu. C’est pour cela que la tête de l’entreprise est très importante. S’il n’y a pas de neige au sommet de la montagne, il n’y a pas de ruisseau dans la vallée.

Pouvez-vous décrire les trois niveaux de motivation qui vous permettent d’évaluer les vertus des personnes ?

Pour la plupart des gens, la première motivation, ce sont les biens extérieurs – l’argent, le pouvoir, les honneurs. Cette motivation est importante parce que nous recherchons tout de même l’efficacité et le professionnalisme. Le deuxième niveau de motivation implique déjà une volonté de progresser personnellement : c’est chercher à développer ses compétences, à s’accomplir. Et l’on devient ainsi vertueux car à force de travail, on est enrichi par ce que l’on a accompli.

Cela ressemble au sommet de la pyramide de Maslow. Mais votre pyramide est encore plus haute, n’est-ce pas ?

Oui parce que même si l’on peut se contenter de cela, ça ne suffit pas. Si vous voulez véritablement être humain, vous avez un devoir vis-à-vis des autres. Vous devez transmettre ce que vous avez reçu, de la même façon que vous donnez le meilleur de vous-même à vos enfants sans rien attendre en retour. Transmettre, c’est se dépasser soi-même pour faire grandir l’autre. C’est un don gratuit.

Il y a donc quelque chose de gratuit dans cette économie ?

Oui, mais ce don gratuit est au service de l’intérêt général.

Quand vous atteignez ce niveau de vertu, vous n’attendez aucune contrepartie ?

J’attends simplement que l’autre grandisse. Je n’attends rien pour moi-même ; mais si l’autre grandit, je serai très heureux pour lui. Le bien de l’autre sera un plaisir pour moi parce que je sais que ce bien intérieur lui apportera bien des richesses extérieures.

Quid de la transmission ?

Cette méthode, qui semble très efficace dans votre entreprise – puisque tout en étant humainement riche, ILEX fonctionne économiquement très bien –, peut-elle être appliquée dans d’autres entreprises ? Seriez-vous prêt à la transmettre ?

Je reçois de nombreuses sollicitations afin de transmettre cette méthode. Mais la formation est un métier, chacun le sien. Et le parcours des autres peut être très différent du mien. Je suis néanmoins prêt à transmettre : je travaille à un projet de livre qui, je l’espère, verra le jour.

Chacun a un parcours qui lui est propre et doit donc développer sa méthode de management ?

Oui. Tout en sachant que le management est d’abord un travail sur soi-même. Une fois qu’un chef d’entreprise se comporte de façon juste, il sera reconnu pour cela.

Vous avez créé votre entreprise il y a près de trente ans. Quelle vision en avez-vous lorsque vous partirez à la retraite ? En avez-vous anticipé la cession ou la transmission ?

Les valeurs de l’entreprise, ses vertus, ce sont les vertus de la famille. Il faut tenir compte de la culture de l’entreprise pour la transmettre. Lorsqu’un nouveau dirigeant ne tient pas compte de la culture de l’entreprise, il échoue bien souvent. Si le nouveau dirigeant d’ILEX n’a aucune vertu, il aura beaucoup de difficultés à gérer cette entreprise.

Mes enfants sont culturellement liés à l’entreprise. Même ceux qui n’y travaillent pas s’y intéressent et chacun se préoccupe de son devenir. Je n’ai obligé aucun de mes enfants à venir chez ILEX. Pourtant aujourd’hui, deux d’entre eux y travaillent. La transmission de l’entreprise est en train de se faire. Lorsque j’ai demandé à l’un de mes cadres de me remplacer afin qu’il puisse former mon fils qui n’a encore que 23 ans, il m’a répondu que ce n’était pas à lui de prendre la place de mon fils. Il a ajouté que c’était mon fils qui devait prendre ma suite et que lui-même serait à ses côtés afin de l’y aider.

Est-ce que l’ambiance familiale qui règne dans votre entreprise est compatible avec un développement, une croissance forte ? Pouvez-vous envisager de continuer dans cet état d’esprit ? N’est-il pas réservé aux TPE et petites PME ?

Tout d’abord, les entreprises qui durent dans le temps sont des entreprises familiales car elles ont une vision des choses à long terme. Elles ne se préoccupent pas de savoir ce qui va arriver demain mais dans dix ans.

Ensuite, une entreprise familiale n’est en rien une entreprise paternaliste. Dans mon entreprise familiale, je propose un juste équilibre entre les parties, un respect mutuel et donc une justice, et ce, sur tous les plans. Une entreprise dans laquelle règne la justice peut se développer, et même de façon très importante. Sa dimension n’est pas un frein mais un résultat. Une entreprise familiale va se développer souvent beaucoup plus rapidement qu’une autre. En effet, des personnes qui en partagent la culture la rejoindront parce qu’elles y trouveront du sens.

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